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Parution :

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Rubrique :

POLITIQUE

Dossier :

REGIONALES

Auteur :

Michel Branchi

Titre :

Endettement colossal de Fort-de-France : Letchimy obligé de sortir du bois pour se justifier: Fort-de-France reste la ville la plus endettée des DOM et la 9ème de France

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Endettement colossal de Fort-de-France : Letchimy obligé de sortir du bois pour se justifier

Fort-de-France reste la ville la plus endettée des DOM et la 9ème de France

Serge Letchimy, cette fois-ci, est sorti lui-même du bois pour se défendre sur la gestion municipale mise en cause de divers côtés et notamment par notre journal Justice( cf Justice n° 2, 8 et 9 des 14/01, 25/02 et 4/03/2010). Après avoir envoyé au feu Catherine Conconne, puis sur Internet (Bondamanjak) un certain « Juan » (pseudo d’un de ses affidés), il descend dans l’arène au conseil municipal du  2 mars. Et France-Antilles du 3 mars reproduit son plaidoyer. L’essentiel est repris dans « Le Progressiste » du 3 mars (n° 2121).

Il déclare : « Faire un emprun, ce n’est pas un crime ».

Il utilise le même procédé que feu Darsières : il répond à côté. On lui parle endettement, il répond déficit, dépenses et réalisations, créations mythiques d’emplois. On parle fiscalité, il ne répond pas.

                         Un plaidoyer fumeux et plein de contradictions

Premier argument : il aligne les excédents des budgets de Fort-de-France de 2001 à 2008. Au total, cela fait 307 millions d’euros sur huit ans. Sans ignorer que l’on peut présenter des budgets en excédent tout en camouflant sous des « restes à réaliser » conséquents des déficits, voilà qu’il fait ce qu’il reproche au président sortant : à savoir « terminer avec 50 millions d’euros sans avoir recours à l’emprunt », fustige-t-il. Sauf que lui il fait des excédents avec des emprunts (dette de 3 079 euros par habitant jusqu’en 2031).

Deuxième argument : il a abaissé les taux d’imposition à partir de 2008. Mais motus et bouche cousue sur le fait que ces taux restent parmi les plus élevés du pays et des DOM : le taux de la taxe d’habitation à 23,95 %, par exemple, est plus du double du taux moyen martiniquais, à savoir 11,87 % et supérieur au taux moyen DOM, soit 16,27 % et même de France, soit 13,63 %.

Troisième argument : le nombre d’agents municipaux était de 2 891 en 2001 et est de 3 172 en 2010 et. e taux d’encadrement est passé de 3 à 10 %, soutient-il. Le nombre d’agents municipaux a donc augmenté mais, comme il y a eu des incitations aux départs à la retraite (de l’ordre de 1000 à 1 500), il a continué à recruter suivant la vieille pratique clientéliste du PPM. D’où l’endettement. CQFD.

Quatrième argument : S’agissant de l’endettement il y a des emprunts qui datent par exemple de 1978 (association à un emprunt de 40 ans pour aider le CHU de Fort-de-France), rappelle-t-il. Le ratio du ministère de l’économie et des finances, le taux d’endettement calculé selon « le rapport  annuité de la dette sur recette réelles de fonctionnement » serait de 11,8 % pour une moyenne nationale des communes métropolitaines de la même strate de 11,4 % (communes de 50 000 à 100 000 habitants).

Comme nous sommes curieux, nous avons été rechercher ce ratio et nous ne l’avons pas trouvé. Par contre, parmi les 11 ratios obligatoires il  y a un ratio 11 d’endettement qui est le « rapport de l’encours de la dette sur les recettes réelles de fonctionnement ». Ce rapport est de 130, 2 % pour Fort -de- France en 2007 selon les statistiques des comptes administratifs des budgets locaux de la Direction générale de collectivités locales (DGCL) du ministère de l’Intérieur (dernier chiffre connu).

Ce ratio est de 78 % en moyenne pour les communes de plus de 10 000 habitants en France. La dette est donc en général inférieure aux recettes réelles de fonctionnement en France alors que Fort-de-France accuse une dette supérieure de 30,2 % à ses recettes réelles de fonctionnement !

Si on regarde les villes de plus de 50 000 habitants des DOM, on s’aperçoit que Fort-de-France pulvérise tous les records une fois de plus. Alors que sa dette représente 130,3 % des recettes réelles de fonctionnement, voici les ratios des autres villes des DOM de même catégorie :

    • Cayenne (50 675 habitants) : 26,4 % d’encours de la dette par rapport aux recettes réelles de fonctionnement ;
    • Les Abymes (63 290 hbts) : 75,6 % pour le même ratio ;
    • Saint-Denis de la Réunion (132 573 habitants) : 40,1 % ;
    • Saint Paul de la Réunion (96 545 hbts) : 75,5 %
    • Saint-Pierre de la Réunion (69 849 hbts) : 53,9 % ;
    • Le Tampon (61 258 hbts) : 75,9 %:
Fort-de- France est 9ème ville la plus endettée des 76 villes entre 50 000 et 100 000 habitants de France en 2007, toujours selon la même source officielle. Beau palmarès.

Cinquième argument : pour justifier cette politique dispendieuse, le maire de Fort-de-France aligne le total annuel des investissements et des achats des années 2001 à 2008 et en face les « équivalents emplois » que cela est censé représenter. Il tente de démontrer , lui, a « créé des emplois indirects (…) dans tout le tissu économique de la Martinique ». Manière de démontrer que cette politique laxiste de dépenses soutient et crée l’emploi.

    Deux conceptions opposées de la gestion : rigueur contre gabegie

Ainsi, par exemple, en 2008 Fort-de-France a réalisé 66,2 millions d’euros d’investissements et d’achats (travaux, fournisseurs, etc) et cela représenterait 3 486 « équivalents emplois ». Fort bien. Mais il ne démontre pas le rapport entre ces sommes et l’emploi. On en déduit que le coefficient d’emploi utilisé pour présenter ce bilan flatteur est de  l’ordre de 19 000 euros de dépenses annuelles pour un emploi (1 583 euros mensuels charges comprises). Tout à fait théorique.

Mais alors comme la Région a réalisé en 2008 163,5 millions d’euros d’investissements seuls (sans les achats) cela ferait, selon le même raisonnement, 8 605 d’équivalents emplois, c’est-à-dire des emplois soutenus ou créées. Cela fait donc deux fois et demi plus sans endettement. Arithmétique pour arithmétique.

Personne n’a dit qu’il ne fallait pas emprunter. Le budget régional 2010 prévoit un emprunt de 60 millions d’euros. Madeleine De Grandmaison propose un emprunt obligataire auprès des Martiniquais (ses) pour mobiliser l’épargne locale dans le cadre de sa plate-forme d’urgence. Quant à comparer la Région Martinique, collectivité d’un petit pays dépendant à l’économie artificielle, au Vénézuela de Chavez qui dispose de pétrole ou aux USA, il faut être mégalomane comme les conseillers de Letchimy pour se risquer sur ce terrain en pente savonneuse.

La vérité, c’est que l’endettement excessif provoque à terme l’augmentation des impôts et donc la récession et des pertes d’emplois, comme c’est le cas pour la « ville-capitale ». La question est qu’il faut emprunter en fonction de ses capacités de rembourser. Avoir une dette totale supérieure à ses recettes réelles de fonctionnement annuelles comme Fort-de-France est dangereux. De même avoir un ratio annuité de la dette sur recettes réelles de 11,38 %( si ce taux est réel ) est irréaliste. Cela explique le niveau élevé des impôts de Fort-de-France malgré la petite baisse de 2008 puisqu’il faut garantir le remboursement à l’égard des financiers. 
Sans parler de la possibilité de mise sous tutelle du préfet comme au Marin. Mais là il s’agit d’une décision en grande partie politique…

Il suffit de voir ce qui se passe pour un Etat comme la Grèce qui est contraint par la Commission européenne et la BCE d’imposer aux travailleurs une politique de régression sociale afin de rentrer dans les critères de Maastricht et que l’Europe refuse de l’aider.

En 1992, pour sortir la Région de l’ornière où Darsières l’avait fait tomber, le pouvoir central n’a pas aidé aussi le président Capgras mais l’a autorisé à créer des impôts nouveaux comme la taxe additionnelle de l’octroi de mer (aujourd’hui au taux de 2,5 %) ou la taxe d’embarquement à l’aéroport. Ce sont les Martiniquais (ses) qui ont payé le déficit de 1 milliard 200 millions de Darsières et les intérêts énormes des emprunts qu’il a fallu contracter pour passer le cap et rembourser les entreprises non payées. Sans parler des 2 500 emplois détruits dans le BTP.

                    Servir la bourgeoisie qui piaffe d’impatience

Derrière ce débat de chiffres, il y a deux façons de faire de la politique : dire la vérité aux travailleurs sur les priorités choisies ou les faire rêver pour capter leurs voix comme le fait Letchimy avec son programme pharaonique en 7 mensonges (axes). On est dans une startégie de conquête du pouvoir à n’importe quel prix. En même temps où le nouveau « missionné » annonce qu’il va ouvrir les vannes des dépenses tout azimut pour créer tout de suite 5 000 emplois, il promet pour combattre la vie chère de baisser l’octroi de mer et la taxe sur les carburants qui est déjà la plus faible des DOM. Mais il ne parle pas de demander un vrai contrôle des prix pour ne pas indisposer ses amis des lobbys du grand commerce. Il s’agit aussi de distribuer des aides (sous condition de créations d’emplois ?)) aux capitalistes martiniquais de ses amis du fameux « comité de relance » des dits « socio- professionnels » de la bourgeoisie réunis par ses soins en mairie, impatients de mettre la main sur le pactole de la Région.

Déjà, à l’époque de Gratiant et Césaire, ces deux conceptions s’opposaient au sein du Parti Communiste. Gestion rigoureuse et justice sociale en faveur des masses populaires contre gestion laxiste voire gabegie populiste pour ramasser des voix en infantilisant le peuple par le culte de la personnalité. On sait ce qu’il en advint. Gratiant fut chassé de la mairie de Fort-de-France et fit ensuite du Lamentin la capitale économique du Pays dont s’enorgueillit le sieur Samot. 

                                                                                                    Michel Branchi

                                                                                                     Economiste

                                                                                                     Membre du BP du PCM


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Le :Wed 03/10/2010 à : 06:49 AM